Du campus chinois au marché de l’emploi togolais, le pari du retour au Togo des diplômés formés en Chine
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Technologies numériques, agriculture, sciences de l’ingénieur, entre autres… chaque année, de nombreux jeunes Togolais vont en Chine pour se former grâce aux bourses gouvernementales ou à leurs propres moyens. Une fois diplômés, certains rentrent avec l’ambition de mettre leurs compétences au service du développement d...
Technologies numériques, agriculture, sciences de l’ingénieur, entre autres… chaque année, de nombreux jeunes Togolais vont en Chine pour se former grâce aux bourses gouvernementales ou à leurs propres moyens. Une fois diplômés, certains rentrent avec l’ambition de mettre leurs compétences au service du développement du pays. Comment s’opère ce retour ? Les connaissances acquises correspondent-elles aux réalités du marché togolais ? Dans quelles conditions ces compétences peuvent-elles être pleinement valorisées au Togo ? La Chine figure parmi les destinations d’études privilégiées de nombreux jeunes togolais, ces dernières années. Cette mobilité académique s’inscrit dans une dynamique de coopération entre les deux pays dans l’enseignement supérieur, la recherche et le développement des compétences. À travers les bourses accordées par le gouvernement chinois et les partenariats universitaires, les étudiants togolais ont l’opportunité de poursuivre leurs formations en Chine. L’apprentissage du mandarin occupe également une place importante dans cette dynamique. Créé en 2009 à l’Université de Lomé, l’Institut Confucius joue un rôle de pont linguistique, culturel et académique entre le Togo et la Chine. Les données du ministère chinois des Affaires étrangères indiquent que deux cent cinquante-deux (252) étudiants togolais étaient inscrits dans des établissements d’enseignement supérieur chinois au cours de l’année universitaire 2022-2023, dont soixante-dix-neuf (79) bénéficiaires de bourses du gouvernement chinois. Selon un communiqué du ministère de l’Enseignement supérieur du Togo, daté du 9 janvier 2026, les offres de bourses de master et de doctorat pour l’année académique 2026-2027 concernent notamment l’informatique, la santé, les sciences de l’ingénieur, l’environnement, l’agriculture, l’agro-industrie ainsi que la topographie et la géomatique. Cette diversité des possibilités de formation contribue à l’attractivité de la Chine auprès des jeunes Togolais. Les anciens étudiants interrogés dans le cadre de cet article soulignent que cet intérêt s’explique également notamment par les possibilités de bourses, la réputation des universités chinoises dans les domaines scientifiques et technologiques et les perspectives qu’offre la maîtrise du mandarin dans un contexte marqué par le renforcement des relations économiques entre la Chine et l’Afrique. Si la coopération éducative sino-africaine est souvent présentée comme un levier de renforcement des compétences, certains chercheurs en proposent néanmoins une lecture plus critique. Le britannique Kenneth King, spécialiste de l’éducation et du développement international à l’Université d’Édimbourg, souligne, dans son article China–Africa Education Cooperation: From FOCAC to Belt and Road (2019), l’importance croissante des bourses, des formations et des échanges universitaires dans les relations entre la Chine et l’Afrique, tout en invitant à évaluer leur impact réel sur le développement des systèmes éducatifs africains et sur l’emploi des diplômés. La Chine, une école de l’innovation et de la discipline Pour plusieurs diplômés togolais interrogés, l’expérience chinoise ne se résume pas à l’obtention d’un diplôme. Le séjour leur a également permis d’acquérir de nouvelles méthodes de travail, de développer leur capacité d’adaptation et de découvrir d’autres approches de la recherche, de l’innovation et de la gestion de projets. Mme Bélynda Latré LAWSON-BETUM, ingénieure en télécommunications et actuellement directrice commerciale et marketing de T-Oil, a poursuivi ses études entre 2013 et 2016 à l’University of Science and Technology Beijing (USTB), où elle a obtenu un master en télécommunications. Selon elle, ses années d’études en Chine ont constitué une véritable école d’adaptation. Évoluer dans un environnement linguistique et culturel différent l’a amenée à développer son autonomie et à s’approprier de nouvelles méthodes de travail. « J’en suis revenue avec un diplôme, mais surtout avec une ouverture internationale et une capacité d’adaptation qui continuent de m’accompagner aujourd’hui », confie-t-elle. L’expérience a également été marquante pour le Dr Koulou Ndema POTCHO. Arrivé en Chine en 2018 grâce à une bourse de coopération sino-togolaise, il y obtient en 2022 un doctorat en agronomie. Pour cet agronome, l’expérience chinoise a surtout été marquée par la qualité de la formation scientifique reçue. « J’ai pu acquérir une expérience vraiment incommensurable en termes de recherche et de publication scientifique », affirme-t-il. Autre parcours, autre discipline. Le Dr Amavi Agbélénko Fantessi, enseignant-chercheur à l’Université de Kara, a réalisé une thèse en économie avec une spécialisation en finance internationale à l’University of International Business and Economics (UIBE) de Pékin. Au-delà de la formation académique, son séjour lui a permis de se familiariser avec les pratiques de recherche chinoises et d’évoluer dans un environnement international. Ces trois parcours, issus de domaines aussi différents que les télécommunications, l’agronomie et la finance internationale, mettent ainsi en évidence un point commun : le séjour en Chine ne semble pas avoir été uniquement une expérience académique. Il a également constitué, pour ces diplômés, une immersion dans un nouvel environnement scientifique, technologique et culturel. Au-delà de ces aspects, certains interviewés ont souligné que la formation en Chine permet également de développer des compétences transversales telles que l’esprit entrepreneurial. Un diplôme, et après ? Présentée comme une aventure académique et humaine, l’expérience d’études en Chine prend tout son sens une fois de retour au pays. Mme Bélynda Latré LAWSON-BETUM estime que l’apport de sa formation dépasse largement le cadre technique. « J’ai appris à analyser un problème de manière structurée, à remettre en question les hypothèses, à comprendre les spécifications techniques et à proposer des solutions. Aujourd’hui encore, ces compétences restent pertinentes, même dans le secteur pétrolier où j’évolue », explique-t-elle. Revenue au Togo après son master, elle a progressivement construit une carrière qui l’a amenée des télécommunications à la cybersécurité, puis au secteur pétrolier. « Une technologie peut être performante en Chine et nécessiter une adaptation importante pour être pertinente au Togo. C’est cette capacité de contextualisation qui donne toute sa valeur à la formation », souligne-t-elle. Le parcours du Dr Koulou Ndema POTCHO met en lumière une réalité différente. Recruté dans un premier temps à la Plateforme industrielle d’Adétikopé, il constate que ses compétences scientifiques acquises en Chine étaient alors peu sollicitées. « Je n’ai pas vraiment eu besoin de faire appel à mes connaissances scientifiques acquises en Chine. En revanche, l’anglais m’a été extrêmement utile, car je travaillais quotidiennement avec des collaborateurs indiens. C’est en Chine que j’ai appris l’anglais », raconte-t-il.