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Au-delà de l’affaire Nourah Ba- le Sénégal face au poison du bouc émissaire: Une affaire individuelle ne doit jamais devenir le procès collectif d’une communauté

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L’affaire Nourah Ba aurait pu rester ce qu’elle est fondamentalement : une affaire individuelle relevant désormais de la justice. Les faits qui lui sont reprochés sont sérieux. La justice sénégalaise doit les examiner sereinement, établir les responsabilités éventuelles et appliquer la loi, sans complaisance mais égale...

L’affaire Nourah Ba aurait pu rester ce qu’elle est fondamentalement : une affaire individuelle relevant désormais de la justice. Les faits qui lui sont reprochés sont sérieux. La justice sénégalaise doit les examiner sereinement, établir les responsabilités éventuelles et appliquer la loi, sans complaisance mais également sans préjugé. Pourtant, au-delà de la procédure judiciaire, cette affaire a déclenché quelque chose qui mérite notre attention collective. Très rapidement, les commentaires ont dépassé les actes d’une personne pour se déplacer vers son origine supposée, sa nationalité, ses papiers et, plus largement, la présence des étrangers au Sénégal. C’est précisément à cet endroit que commence le véritable débat. Car lorsqu’une société cesse de discuter des actes d’un individu pour commencer à juger le groupe auquel elle suppose qu’il appartient, elle franchit une frontière dangereuse. Une affaire individuelle ne doit jamais devenir un procès collectif Le premier principe d’un État de droit est pourtant simple : les responsabilités sont individuelles. Si une personne insulte, fraude, falsifie des documents ou enfreint les lois sénégalaises, elle doit répondre personnellement de ses actes. Mais aucun comportement individuel ne saurait constituer une preuve contre une communauté entière. Ni contre les Guinéens. Ni contre les Maliens. Ni contre les Nigériens. Ni contre les Mauritaniens. Ni contre aucune autre nationalité vivant sur notre territoire. Ce principe devrait être évident. Il ne l’est malheureusement plus suffisamment. Depuis plusieurs mois apparaissent dans notre espace public des discours attribuant de plus en plus volontiers à certaines communautés étrangères une partie des problèmes économiques, sécuritaires, commerciaux ou sociaux du pays. Des voix sénégalaises se sont déjà inquiétées de cette évolution. Le Premier ministre lui-même a publiquement mis en garde contre la progression de la xénophobie. Nous aurions tort de traiter ces avertissements comme de simples polémiques. Ils révèlent une tension plus profonde. Quand l’étranger devient une explication commode Toute société confrontée à des difficultés traverse la même tentation. Lorsque le chômage augmente, lorsque le coût de la vie pèse sur les familles, lorsque la concurrence économique devient plus rude et lorsque la jeunesse doute de ses perspectives, il devient tentant de chercher un responsable identifiable. L’étranger constitue alors un bouc émissaire particulièrement facile. On le voit. On peut le nommer. On peut lui attribuer des comportements collectifs. Et surtout, il ne dispose souvent ni du poids politique ni de la capacité médiatique nécessaires pour se défendre. C’est ainsi que commencent les généralisations : « Ils prennent nos emplois », « ils contrôlent le commerce », « ils occupent nos quartiers », « ils ne respectent pas nos règles », « ils sont responsables de l’insécurité ». Mais une nation doit avoir le courage d’aller au-delà des explications faciles. Car si des secteurs entiers de notre économie demeurent informels, la question est institutionnelle. Si certaines activités commerciales échappent à la réglementation, la question relève de l’administration. Si des étrangers entrent ou séjournent irrégulièrement au Sénégal, la réponse appartient à la politique migratoire. Si nos jeunes rencontrent des difficultés massives d’insertion professionnelle, la réponse relève de notre politique économique, de notre système de formation, de l’investissement et de la création de valeur. L’étranger ne peut pas devenir le paravent derrière lequel nous cacherions les insuffisances de nos propres politiques publiques. Oui à la souveraineté. Non à la stigmatisation. Il faut également sortir d’un faux débat. Refuser la xénophobie ne signifie pas renoncer à la souveraineté nationale. Le Sénégal doit contrôler ses frontières. Il doit connaître les personnes présentes sur son territoire. Il doit faire respecter les règles d’entrée et de séjour. Il doit lutter contre les faux documents, la fraude, les réseaux criminels et le travail clandestin. Il doit pouvoir protéger certains intérêts économiques nationaux lorsque la loi et nos engagements internationaux le permettent. Il doit aussi disposer d’une politique migratoire cohérente. Il n’y a rien de xénophobe dans cela. C’est le rôle normal d’un État. Mais la souveraineté change de nature lorsqu’elle conduit à essentialiser des communautés entières. Un étranger en situation irrégulière doit être traité conformément à la loi. Un commerçant qui fraude doit être sanctionné. Un criminel doit répondre de ses actes. Mais ni l’irrégularité, ni la fraude ni le crime n’ont de nationalité. Voilà la ligne de partage que nous ne devons jamais perdre. Le Sénégal doit se souvenir qu’il est aussi une nation d’émigration Il existe une autre réalité dont notre débat public devrait davantage tenir compte. Des centaines de milliers de Sénégalais vivent hors de nos frontières. Ils travaillent à Paris, Madrid, Milan, New York, Casablanca, Abidjan, Libreville, Nouakchott ou ailleurs. Ils entreprennent. Ils étudient. Ils participent aux économies des pays qui les accueillent. Ils font vivre leurs familles et contribuent puissamment à l’économie sénégalaise. Lorsque l’un d’entre eux est victime de discrimination à l’étranger, nous demandons légitimement que sa dignité soit respectée. Lorsque des discours politiques étrangers généralisent les comportements d’une minorité de migrants à l’ensemble des Sénégalais, nous dénonçons l’injustice. Nous avons raison de le faire. Mais cette exigence crée également une responsabilité. Nous ne pouvons pas réclamer pour les Sénégalais de l’extérieur la protection que nous refuserions aux étrangers vivant parmi nous. Notre cohérence morale et diplomatique est à ce prix. L’Afrique de l’Ouest n’est pas un espace étranger au Sénégal Il faut aussi replacer ce débat dans notre géographie. Le Sénégal ne vit pas sur une île. Notre histoire est intimement liée à celle de la Guinée, du Mali, de la Mauritanie, de la Gambie, de la Guinée-Bissau et, plus largement, de l’espace ouest-africain. No... www.dakaractu.com

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