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Rencontre avec les médias : Monsieur le Premier ministre, ces enfants qui n'ont pas pu aller à l'école attendent aussi quelque chose de vous

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Lettre ouverte à Monsieur le Premier ministre Monsieur le Premier ministre, Ce vendredi 16 octobre, vous recevrez les représentants des organisations professionnelles de la presse sénégalaise. Ils viendront vous parler de la crise des médias, de leurs difficultés économiques, de leurs dettes, de la fiscalité, du Fonds...

Lettre ouverte à Monsieur le Premier ministre Monsieur le Premier ministre, Ce vendredi 16 octobre, vous recevrez les représentants des organisations professionnelles de la presse sénégalaise. Ils viendront vous parler de la crise des médias, de leurs difficultés économiques, de leurs dettes, de la fiscalité, du Fonds d'appui à la presse, des conventions publicitaires et de l'avenir d'un secteur aujourd'hui au bord de l'effondrement. Ils auront raison de le faire. Ces questions sont essentielles. Mais permettez-moi, Monsieur le Premier ministre, de vous demander, avant que ne commencent les discussions techniques, avant les exposés des organisations patronales, avant les chiffres et les propositions de sortie de crise, de penser à ceux qui ne seront pas autour de votre table. Pensez à ces enfants qui, cette année, ont regardé leurs camarades reprendre le chemin de l'école sans pouvoir les accompagner. Non parce qu'ils étaient malades. Non parce qu'ils avaient échoué. Non parce que leurs parents ne croyaient pas à l'éducation. Mais simplement parce que leurs pères et leurs mères, journalistes, techniciens, cameramen, monteurs, animateurs, secrétaires, chauffeurs ou agents administratifs dans des entreprises de presse, n'avaient plus les moyens de payer leur scolarité, leurs fournitures, leurs uniformes ou leur transport. Des parents qui travaillent pourtant. Des parents qui se lèvent chaque matin pour accomplir leur devoir professionnel. Des parents qui continuent, parfois depuis plusieurs mois, à servir leurs entreprises sans recevoir leur salaire. Quelle terrible injustice que celle d'un homme qui travaille et qui ne peut plus nourrir sa famille ! Quelle douleur plus profonde, pour un père ou une mère, que de devoir expliquer à son enfant qu'il ne pourra pas aller à l'école parce que son salaire n'est pas arrivé ! Monsieur le Premier ministre, Je voudrais que vous imaginiez un instant cette scène. Un matin de rentrée scolaire, dans une maison de la banlieue dakaroise ou d'une ville de l'intérieur du pays, un enfant se réveille plus tôt que d'habitude. Il a préparé son ancien cartable. Il espère retrouver ses camarades, son maître, sa classe. Il demande à son père si tout est prêt. Le père détourne le regard. Il promet que ce sera pour la semaine prochaine. Peut-être lundi. Peut-être lorsque le salaire arrivera. Mais le salaire n'arrive pas. Les jours passent. Les autres enfants avancent dans leurs leçons. Le sien reste à la maison. Et chaque matin devient une nouvelle blessure. Cette scène, que j'évoque ici pour donner un visage à une souffrance bien réelle, résume mieux que tous les tableaux financiers le drame humain qui se joue aujourd'hui dans une partie de la presse privée sénégalaise. Car il ne s'agit plus seulement d'entreprises en difficulté. Il s'agit de familles qui s'effondrent en silence. Il s'agit de dignités blessées. Il s'agit d'enfances auxquelles on fait payer une crise dont elles ne portent aucune responsabilité. Il y a des journalistes qui ont passé vingt ou trente ans à raconter les souffrances des autres et qui, aujourd'hui, n'osent plus raconter les leurs. Des hommes et des femmes qui ont couvert les inondations, les crises sociales, les campagnes électorales, les catastrophes, les épidémies, les drames de nos compatriotes. Ils ont donné la parole aux sans-voix, dénoncé des injustices, accompagné les grandes heures de notre vie démocratique. Aujourd'hui, certains d'entre eux ne savent plus comment payer leur loyer. D'autres repoussent une consultation médicale, renoncent à acheter des médicaments ou s'endettent pour assurer le repas familial. Certains ont épuisé leurs économies. D'autres ont épuisé leur crédit auprès de leurs proches. Et beaucoup ont fini par épuiser jusqu'à leur capacité de demander de l'aide. Car la pauvreté est douloureuse. Mais la pauvreté de celui qui travaille, qui possède un métier, une expérience, une qualification et qui ne reçoit plus la rémunération de son travail porte une humiliation particulière. C'est une précarité qui ne détruit pas seulement le pouvoir d'achat. Elle attaque l'estime de soi. Elle fragilise les couples, bouleverse les familles et installe dans les maisons une angoisse que les enfants finissent toujours par ressentir. Monsieur le Premier ministre, En juin dernier, dans une lettre ouverte adressée au ministre de la Communication, Bacary Sarr, j'alertais déjà sur la dégradation dramatique de notre paysage médiatique. J'évoquais les entreprises asphyxiées, les salaires impayés, les licenciements, la disparition progressive de compétences précieuses et cette fracture grandissante entre l'État et une partie de la presse privée. Quatre mois plus tard, la question n'est plus seulement de savoir comment sauver les entreprises de presse. Elle est devenue beaucoup plus urgente, beaucoup plus humaine : Combien de temps encore allons-nous demander à des travailleurs de vivre sans salaire ? Combien de familles devront basculer dans la détresse avant que cette crise soit reconnue pour ce qu'elle est aussi : une urgence sociale ? Nous ne pouvons pas nous habituer à cette situation. Nous ne pouvons pas considérer comme normal qu'un journaliste présente le journal de vingt heures en ayant passé la journée à chercher de quoi nourrir ses enfants. Nous ne pouvons pas accepter qu'un technicien assure la diffusion d'une émission pendant que sa famille attend, à la maison, un argent qui ne viendra peut-être pas. Nous ne pouvons pas nous résigner à voir des professionnels expérimentés quitter leur métier, non par désamour du journalisme, mais parce qu'ils n'ont plus les moyens de continuer à l'exercer. Et nous ne pouvons surtout pas admettre que des enfants soient privés d'école parce que leurs parents, pourtant employés, sont privés de salaire. Une société peut traverser des difficultés économiques. Mais elle ne devrait jamais s'habituer à la souffrance de ceux qui travaillent. Monsieur le Premier ministre, Je sais que l'État n'a pas vocation à payer les salaires des entreprises privées. Je sais aussi que toutes les difficultés de la presse ne sont pas imputables aux pouvoirs publics. Il existe, dans notre secteur, des faiblesses structurelle... www.dakaractu.com

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