Congrès humanitaire de Rome : « Les humanitaires commencent à devenir le dernier visage humain de l'engagement de l’Europe au Sahel » (Dr. Bakary Sambe)
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Le Timbuktu Institute – African Center for Peace Studies a porté la voix du Sahel au Rome Humanitarian Congress, tenu le 15 octobre 2026 au musée de l'Ara Pacis, à Rome. Organisé par l'ONG italienne INTERSOS sur le thème « Contested Spaces: Engagement, Legitimacy and Access in Turbulent Times », ce rendez-vous a réuni...
Le Timbuktu Institute – African Center for Peace Studies a porté la voix du Sahel au Rome Humanitarian Congress, tenu le 15 octobre 2026 au musée de l'Ara Pacis, à Rome. Organisé par l'ONG italienne INTERSOS sur le thème « Contested Spaces: Engagement, Legitimacy and Access in Turbulent Times », ce rendez-vous a réuni des acteurs humanitaires, diplomatiques, académiques et médiatiques autour des obstacles politiques, sécuritaires et bureaucratiques qui entravent l'action humanitaire dans les zones de crise.
Directeur et Fondateur du Timbuktu Institute, Dr Bakary Sambe intervenait dans le panel consacré à « l'accès humanitaire et l'engagement stratégique au Sahel ». Il y s’exprimait aux côtés d'Alda Cappelletti, directrice générale adjointe d'INTERSOS, et d'Andrea Palamidessi, chef du bureau Afrique de l'Ouest et du Centre au ministère italien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale. Les échanges de ce panel de haut niveau étaient modérés par Vincenzo Giardina, chef du service international de l'agence DIRE. De retour de Rome, il revient pour Dakaractu sur le rôle des humanitaires, devenus selon lui « le dernier fil » entre l'Europe et le Sahel, et sur la nécessité d'une nouvelle vision de l'engagement européen dans la région. Entretien… Vous avez ouvert votre intervention à Rome avec l'image assez parlante d'un convoi humanitaire. Pourquoi ce choix ? Parce que cette image dit tout de la situation actuelle. Prenez un convoi humanitaire entre Gao et Ménaka, ou sur une piste du Liptako-Gourma. Il n'y a plus d'opération militaire européenne, plus de mission des Nations unies, et presque plus d'ambassadeur européen à qui parler. Dans des pans entiers du Sahel, ce convoi est tout ce qui reste de l'Europe. C'est le dernier fil. La question que j'ai posée à Rome est simple : allons-nous laisser le dernier fil de solidarité se rompre ? Concrètement, que représentent les humanitaires pour les populations sahéliennes aujourd'hui ? Quand les ambassades réduisent leurs effectifs, les agences de coopération hésitent, que les missions militaires plient bagage et que les programmes de coopération sont suspendus, qui reste ? Les humanitaires. Ce sont eux qui négocient encore l'accès, souvent avec un grand courage et non sans risques. Ils connaissent les chefs de village, les comités de femmes, les associations de jeunes. Pour des millions de Sahéliens, ils sont très concrètement le dernier visage humain de l'Europe. Rien que dans la zone sahélienne, on compte plus de 3 millions de déplacés internes, et face à ce chiffre, il y a leurs équipes qui se démènent dans un contexte de réduction de leurs moyens et d’ostracisme de la part de régimes qui leur sont hostiles.