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« DESINFORMATION, DEMOCRATIE ET ENJEUX DE STABILITE ET DE SECURITE » : Quand l'IA rend la manipulation informationnelle moins chère, du Sahel à l'Europe

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Deepfakes, réseaux de faux médias, chatbots contaminés. Un rapport conjoint du centre de recherche Timbuktu Institute – African Center for Peace Studies, et de l'Institut d'études politiques de l'Académie polonaise des sciences Intitulé ‘’Désinformation, démocratie et enjeux de stabilité et de sécurité : quels défis pa...

Deepfakes, réseaux de faux médias, chatbots contaminés. Un rapport conjoint du centre de recherche Timbuktu Institute – African Center for Peace Studies, et de l'Institut d'études politiques de l'Académie polonaise des sciences Intitulé ‘’Désinformation, démocratie et enjeux de stabilité et de sécurité : quels défis partagés entre le Sahel et l’Europe?’’, compare les campagnes de manipulation (FIMI) qui visent le Sahel et l'Europe. Les auteurs dudit rapport y voient une même mécanique. Les récits étrangers ne prennent que lorsque des relais locaux s'en emparent. Et l'intelligence artificielle fait chuter le coût de l'opération. Le 10 septembre 2025, dix-neuf drones russes pénètrent l'espace aérien polonais pendant une frappe massive contre l'Ukraine. Des chasseurs de l'OTAN en ont abattu plusieurs. D'après Reuters, un pays membre de l'Alliance a tiré pour la première fois, depuis le début de l'invasion à grande échelle. Il n'y a pas eu de victime, mais, au même moment, une deuxième attaque se jouait sur les écrans. Le jour même, le centre polonais de surveillance de la désinformation, NASK, a recensé plus de trente récits manipulés distincts. Pour les uns, le gouvernement de disait pas la vérité et l'armée était sans défense, et pour les autres, il s'agissait d'une provocation ukrainienne destinée à entraîner la Pologne dans la guerre. Les messages reprenaient en boucle un mot-clé polonais qui signifie « ce n'est pas notre guerre ». L'Institut polonais des affaires internationales, après avoir analysé les comptes à l'œuvre, s’est rendu compte que certains dormaient depuis l'époque où ils diffusaient des messages anti-vaccins. D'autres parlaient jusque-là de sport ou d'économie puis, soudain, se sont passionnés pour les drones. Autre détail troublant : les récits sur la « provocation ukrainienne » étaient en ligne avant même la violation de l'espace aérien. Cette scène ouvre la partie européenne du rapport Intitulé ‘’Désinformation, démocratie et enjeux de stabilité et de sécurité : quels défis partagés entre le Sahel et l’Europe ?’’. La partie sahélienne aurait pu commencer à Ouagadougou, à Bamako ou à Niamey, mais les deux équipes de chercheurs arrivent à un constat proche. La désinformation n'invente presque rien. Elle s'accroche à des colères qui existent déjà et les oriente. Au Sahel, une jeunesse connectée mais peu protégée L’espace sahélien est fragile. L'Union africaine compte environ 400 millions de jeunes de 15 à 35 ans sur le continent et l'Afrique de l'Ouest a l'une des populations les plus jeunes du monde. Elle a adopté très vite les réseaux sociaux et les messageries. L'éducation aux médias, elle, n'a pas suivi. Les chercheurs décrivent une séquence que Timbuktu Institute observe régulièrement. Un contenu clivant circule sur une messagerie. La polarisation sépare les communautés qui vivent déjà avec l'insécurité. Il remet en cause l'État, la CEDEAO ou les partenaires étrangers. Puis il prépare le terrain au repli identitaire et à la légitimation des régimes militaires tout en décrédibilisant l’État de droit et la démocratie. Les médias russes ont compris ce mécanisme. RT et Sputnik mettent en avant les thèmes de société qui interpellent le plus et accusent surtout l’Occident, la France et les États-Unis d’être à l’origine de la pauvreté et de l’insécurité. Après le coup d'État de 2021 au Mali, des vidéos animées ont montré des soldats français en zombies, ou un rat français pillant une maison. La Dépêche les a documentées en janvier 2023. Le vide laissé par les médias suspendus Le problème s'aggrave avec la fermeture de l'espace médiatique. Après leurs coups d'État respectifs, les trois pays de l'Alliance des États du Sahel ont suspendu tour à tour RFI, France 24, TV5Monde, la BBC et l'AFP. En mai 2026, selon l'ONG ARTICLE 19, le Niger a interdit neuf médias internationaux. Le pays a aussi remplacé son Conseil supérieur de la communication par un Observatoire national et suspendu la Maison de la presse. Au Burkina Faso, les autorités ont enrôlé de force des journalistes critiques et les ont envoyés au front. Le phénomène dépasse l'AES. Au Sénégal, un arrêté d'avril 2025 a ordonné la cessation d'activités de 381 organes de presse pour non-conformité réglementaire, d'après la Deutsche Welle. En Guinée, Le Monde rapporte que France 24 a été interdite de diffusion à la mi-septembre 2026. Un présentateur avait qualifié Mamadi Doumbouya de « président putschiste ». Les auteurs pointent un effet pervers. Quand les médias traditionnels sont jugés partisans ou muselés, la confiance ne disparaît pas. Elle migre vers les réseaux sociaux, où les rumeurs s'installent plus facilement. Le Reuters Institute avait déjà observé ce report de confiance dans son Digital News Report 2023. Un budget, des tarifs, des cibles L'influence russe en Afrique ne fonctionne pas comme un émetteur central. On y trouve trois étages. En haut, des médias d'État comme RT et Sputnik. Au milieu, des structures informelles à qui Moscou délègue certaines tâches. En bas, des relais locaux qui adaptent les messages. Après la mort d'Evgueni Prigojine en 2023, l'État russe a absorbé l'appareil développé par Wagner et ses fermes à trolls. L'agence African Initiative a pris le relais. En juin 2025, le service français VIGINUM lui a consacré un rapport technique conjoint avec les diplomaties britannique et européenne. Début 2026, un consortium de journalistes réunissant Forbidden Stories, The Continent, All Eyes On Wagner, openDemocracy et iStories a publié 1 431 pages de documents internes d'Africa Politology. Selon les journalistes, cette structure née dans l'orbite de Prigojine serait passée sous le contrôle du renseignement extérieur russe, le SVR. Les auteurs du rapport en retiennent des chiffres précis. Un budget de 7,3 millions de dollars sur dix mois. Trente-quatre « spécialistes » répartis dans quinze pays. Des fonds qui transitent par des sociétés écrans. Rien qu'en août 2024, 340 000 dollars auraient servi à placer 516 articles et vidéos dans des médias africains, à un tarif de 250 à 700 dollars pièce. Plus de 5 000 dollars visaient spécifiquement le Sénégal. Ces documents sont des comptes rendus internes. Leurs auteurs avaient intérêt à gonfler leurs résultats auprès de leurs commanditaires. RFI, associée à l'enquête, signale que certains paiements n'ont pas pu être confirmés et que plusieurs personnes citées démentent avoir été rémunérées. Les chiffres montrent pourtant une chose difficile à contester : la propagande est devenue un service facturé à l'article. Des relais qui parlent la langue du public Un point revient souvent dans le texte. L'influence étrangère marche mieux quand des voix locales la traduisent dans un langage familier. Des militants et activistes ont porté le discours sur la souveraineté africaine et le néocolonialisme. Le Département d'État américain les a associés à des réseaux liés à la Russie. Les autorités elles-mêmes participent. Au Niger, le général Tiani a accusé la France de préparer une invasion. Au Mali, des responsables ont accusé Paris de soutenir des groupes terroristes. Les auteurs parlent de « coproduction » des récits. Moscou amplifie plus qu'elle ne remplace. Il devient alors très difficile de distinguer une opération coordonnée d'une simple adhésion locale. Les conséquences se voient dans la rue. Après le coup d'État de 2022 au Burkina Faso, des manifestants ont attaqué l'Institut français de Ouagadougou. Au Nigeria, pendant la présidentielle de 2023, le Center for Democracy and Development a relevé des mots-clés manipulés et de faux comptes. Il a aussi documenté des traductions volontairement trompeuses et des enregistrements truqués. Les outils électoraux numériques n'ont pas empêché ces manœuvres... www.dakaractu.com

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