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Merci, Inspecteur Oumar !

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Merci, Inspecteur Oumar ! À la suite de l’entretien croisĂ© entre l’inspecteur Oumar BĂą et Monsieur Beye sur le canal Éducation, j’ai ressenti le besoin impĂ©rieux d’écrire l’extraordinaire expĂ©rience de GuĂ©diawaye. Nous Ă©tions alors Ă  la fin du deuxiĂšme millĂ©naire, entre 1996 et 2000. Le diagnostic de la circonscripti...

Merci, Inspecteur Oumar ! À la suite de l’entretien croisĂ© entre l’inspecteur Oumar BĂą et Monsieur Beye sur le canal Éducation, j’ai ressenti le besoin impĂ©rieux d’écrire l’extraordinaire expĂ©rience de GuĂ©diawaye. Nous Ă©tions alors Ă  la fin du deuxiĂšme millĂ©naire, entre 1996 et 2000. Le diagnostic de la circonscription Ă©tait particuliĂšrement alarmant : la gĂ©nĂ©ralisation des classes Ă  double flux provoquait un rĂ©trĂ©cissement drastique du temps d’apprentissage. Le rendement scolaire vĂ©gĂ©tait au dernier rang de l’acadĂ©mie de Dakar. Face Ă  cette situation critique, le pessimisme s’installait chez les parents et les autoritĂ©s locales. C'est alors qu'Oumar BĂą a sonnĂ© l'alerte. Fort de l’expĂ©rience acquise prĂ©cĂ©demment Ă  Fatick, l'inspecteur Oumar BĂą a lancĂ© ce projet majeur et mobilisateur : le Projet de DĂ©veloppement de l'Éducation de GuĂ©diawaye (PDEG). La riposte dĂ©clenchĂ©e a Ă©tĂ© portĂ©e par une Ă©quipe profondĂ©ment engagĂ©e, constituĂ©e dans un premier temps de Feu Mor Mbengue, de Serigne Babou (inspecteur en langue arabe), de NdĂšye BĂą (inspectrice du prĂ©scolaire), du doyen Assane Niang et de Feu Ndiaga Ndiaye, Ă©paulĂ©e par un personnel administratif trĂšs impliquĂ©. Plus tard, ce noyau a Ă©tĂ© rejoint par Amadou M. SĂšne, auteur du livre L’École mon choix, ma passion. Ensemble, ils ont menĂ© la grande offensive locale. DĂ©passer l'inspection de conformitĂ© pour sauver l'Ă©lĂšve Aujourd'hui, l'histoire de GuĂ©diawaye et le dĂ©ploiement du PDEG doivent servir de manifeste pour les nouvelles gĂ©nĂ©rations. Il est temps d'inviter les jeunes inspecteurs Ă  opĂ©rer une rupture identitaire fondamentale : il faut dĂ©passer l’inspecteur de conformitĂ© — celui qui se contente de vĂ©rifier les cahiers et de pointer les manquements administratifs — pour devenir l’inspecteur de solutions, un vĂ©ritable ingĂ©nieur pĂ©dagogique capable de rĂ©pondre Ă  la crise aiguĂ« des apprentissages. L’esprit de cette mĂ©thode s’est forgĂ© dans le feu de l’action. Au cours d’une rĂ©union de rentrĂ©e mĂ©morable regroupant les directeurs du public comme du privĂ©, l’inspecteur dĂ©partemental Oumar BĂą prit la parole. S'adressant Ă  l'assemblĂ©e avec une sincĂ©ritĂ© dĂ©sarmante mais une fermetĂ© absolue, il demanda Ă  chacun de redoubler d'effort avant de lancer un avertissement sans Ă©quivoque : « À vous du public, il n’est plus question de construire le succĂšs du privĂ© sur votre laxisme ! Quant Ă  vous du privĂ©, pas de faux succĂšs. » Pour donner un contenu technique Ă  cette exigence, l’élaboration des progressions harmonisĂ©es a permis de planifier efficacement le travail pour suivre le rythme rĂ©el des apprentissages au jour le jour. Ces progressions partaient du prĂ©scolaire jusqu’à l’élĂ©mentaire, incluant une incursion inĂ©dite dans l'enseignement de l'arabe : c'Ă©tait une grande premiĂšre dans l'histoire de notre systĂšme Ă©ducatif ! En parallĂšle, la mise en place du dispositif des Ă©valuations standardisĂ©es offrait un retour objectif et global sur le niveau de maĂźtrise des classes. Ces innovations stratĂ©giques, menĂ©es de concert avec des directeurs et des enseignants dĂ©terminĂ©s et engagĂ©s, ont constituĂ© des leviers forts dans l'amĂ©lioration de la qualitĂ© des apprentissages au sein des classes Ă  double flux. Elles ont permis d'inverser totalement la tendance en se hissant au niveau des classes traditionnelles, et en allant jusqu'Ă  dĂ©passer le secteur privĂ© dans la circonscription de GuĂ©diawaye. Mais pour parachever ce modĂšle, son prolongement naturel rĂ©side aujourd'hui dans son articulation directe avec l'Ă©valuation formative. Il faut s'appuyer sur ce diagnostic macro-pĂ©dagogique pour descendre jusqu'Ă  l'Ă©lĂšve, analyser ses fĂȘlures individuelles et lui apporter immĂ©diatement les remĂ©diations nĂ©cessaires. Le miracle de la pĂ©dagogie clinique : de l'ombre Ă  la toge universitaire Cette approche clinique et formative n’est pas une vaine thĂ©orie. Elle s'incarne dans des trajectoires humaines bouleversantes, comme celle de mon ancien Ă©lĂšve. Lorsqu’il est arrivĂ© dans ma classe de CM2, cet enfant ne savait pas lire. Pour le directeur de l’époque, un certain Yaya Wane, le verdict Ă©tait sans appel : il n'y croyait plus, jugeant le dĂ©crochage scolaire trop lourd et irrĂ©versible. Pourtant, en refusant la fatalitĂ© du laxisme et en dĂ©ployant des procĂ©dĂ©s cliniques appropriĂ©s, le miracle a eu lieu. PortĂ© par cette remĂ©diation ciblĂ©e et par la vĂ©hĂ©mence, la dĂ©termination farouche de l’enfant, cet Ă©lĂšve a rĂ©ussi Ă  remonter entiĂšrement son handicap. Le destin de ce garçon autrefois condamnĂ© par le systĂšme s'est mĂ©tamorphosĂ© : il est aujourd'hui professeur d'Ă©conomie Ă  l’UniversitĂ© de Dakar. Le jour de la dĂ©dicace de mon ouvrage, ce dernier a posĂ© un geste d'une puissance symbolique inoubliable. Devant l'assistance, il a enlevĂ© sa propre toge universitaire pour me la faire porter, en signe de reconnaissance Ă©ternelle. Un moment suspendu, d'une Ă©motivitĂ© absolue, qui rappelle le rĂŽle sacrĂ©, presque sacerdotal, des inspecteurs et des enseignants dans la rĂ©ussite d'un Ă©lĂšve. Écouter la voix de la refondation : Ne pas faire du surplace L’équipe d’Oumar BĂą a tracĂ© la voie, mais l'esprit de ce grand monsieur ne s'est jamais inscrit dans la complaisance du passĂ©. Son ambition profonde est de parachever le modĂšle, d'avancer sans cesse et de refuser catĂ©goriquement le surplace. À l’heure actuelle, alors que tout le pays parle de la refondation de notre systĂšme Ă©ducatif, les plus hautes autoritĂ©s et les dĂ©cideurs doivent accorder une oreille attentive Ă  ce grand monsieur. On ne refonde pas l'Ă©cole avec des concepts abstraits, mais en Ă©coutant ceux qui ont Ă©prouvĂ© la rigueur du terrain et vaincu la crise des apprentissages par l'action. IntĂ©grer l'Ă©valuation formative et la clinique individualisĂ©e au legs de GuĂ©diawaye, c'est passer de la gestion de crise Ă  l'excellence rĂ©publicaine. Aux jeunes inspecteurs et enseignants du SĂ©nĂ©gal de s'inspirer de cette vision d'avenir pour que l'Ă©cole publique redevienne le moteur invincible de la rĂ©ussite nationale. Amadou Moustapha SĂšneInspecteur de l'Ă©ducation Ă  la retraiteAuteur de l'ouvrage « L'École : mon choix, ma passion » Section: libreparole